Stéphanie Varela travaille sur  l’épanouissement de la féminité dans l’époque contemporaine. Une féminité ancestrale, loin des représentations reflétées sur les podiums ou à la une des magazines. Une féminité plus obscure, discrète, mais particulièrement influente qui entre en résonance avec les forces telluriques et la puissance d’hospitalité de la planète. En 2019, elle présentait un travail sur la lactation.

Elle développe actuellement une série d’œuvres qui seront présentées au public fin 2021 à Paris, à la Galerie Marguerite Milin qui vient de déménager dans le Marais et représente Stéphanie Varela depuis 2 ans. Il s’agit d’une série de photographies perforées et rétroéclairées mettant en scène les bienfaits et la nécessité, pour l’humain en général, et la femme en particulier, de prendre périodiquement le temps de rétablir une alliance ancrée en nous depuis toujours...

Avec cette performance participative, œuvre à la fois immatérielle et évolutive, et surtout à travers ses traces mnésiques « talismans », l’artiste compte livrer une série atemporelle de portraits de femmes qui questionne le rapport à nos espaces de vie et à la place que nous réservons à la nature dans notre quotidien. Une réflexion sur la notion de rituel et de reconnexion des corps féminins aux éléments naturels.

Reprendre contact avec la Terre, se laisser traverser par ses énergies subtiles et réinvestir son corps autrement; s’interroger sur la réactivation de notre lien avec les éléments naturels, voilà le programme qui se distille au cœur des nouvelles œuvres qu'elle prépare.

Cette série met en scène des corps de femmes, anonymes, ouverts sur l’horizon et ancrés dans les éléments naturels tels que la roche, le soleil, le vent ; des liens simples qui demandent pourtant, pour être noués aujourd’hui, une réelle démarche.

Cette démarche, j’ai d’abord eu le besoin physique de l’expérimenter ; comme un rituel qui s’est imposé à moi, un besoin d’ailleurs, de nature et de reconnexion intime, détachée de mon statut de mère, de compagne, ou de quoi que ce soit d’autre que juste un corps de femme accueilli sur cette planète. Notre corps est un temple sacré qui nous accompagne et nous transporte d’expériences en expériences. Il arrive que de temps à autre il réclame une alliance profonde avec la Terre qui nous porte. C’est ce que j’ai ressenti deux ans après avoir enfanté : la nécessité de déraciner le corps d’un quotidien parfois sclérosant et de partir quelques temps à l’écoute de mon enveloppe corporelle.

Il m’a paru évident d’aller me recharger en pleine nature. J’ai ritualisé ce voyage en partant dans un endroit déserté par les foules, sauvage, me permettant de ressentir pleinement ce lien avec la Terre. Là-bas j’ai éprouvé la puissance des roches millénaires, prêté attention à leur histoire, ressenti le vent sur ma peau et le soleil envelopper mon corps tout entier. J’ai voulu garder une image en témoin de la force que j’y ai puisé, comme un talisman qui agit par le pouvoir du rappel.

Après avoir expérimenté ce rituel sur moi, j’aisouhaité le proposer à d’autres femmes, et peu à peu le projet à trouver un écho au-delà même de mon propre cercle.

(Photographie prise durant l’une des performances de « Rituel » par Aude Boissaye, novembre 2020)
 
Vivre « Rituel », c’est se donner l’occasion de redécouvrir le lien qui nous unit depuis toujours à la force des éléments ; une relation qui est à la fois primordiale et innée chez la femme.

Œuvre impalpable, puisqu’il s’agit d’une expérience transformatrice non condensable dans une séquence figée, œuvre évolutive, qui continue de se déployer au sein des êtres qui en ont fait l’expérience, « Rituel » est le contraire d’un objet figé exposable. C’est une entité artistique autonome.

C’est aussi là l’aspect novateur de cette œuvre qui n’a plus pour finalité l’élaboration d’un objet. Ici l’œuvre est une expérience confidentielle à laquelle le spectateur n’a pas accès à moins d’en faire l’expérience en tant qu’acteur. L’œuvre est ce rituel secret rendu tangible par le talisman, trace de l’événement artistique.

Des talismans qui vont venir réactiver l’expérience pour les participantes et l’évoquer aux autres spectateurs. Ces talismans, traces de cette œuvre immatérielle, restent des objets traditionnels artistiques tangibles. Ce sont eux qui sont présentés in fine au public. Ils ont une portée universelle. Un corps particulier s’y reconnaîtra, tout en restant anonyme, et à travers lui, il parle de toutes les femmes.

(Photographie de Josselin Billot, novembre 2020)
 
DES TALISMANS qui réactivent l’œuvre

Les talismans sont anonymes. Il s’agit de photographies des corps nus sur les rochers, en ombres chinoises, sur lesquels je matérialise l’expérience énergétique et sensorielle ressentie par le biais de perforations rétroéclairées.
La présentation / découverte des talismans réalisés par mes soins intervient après la performance. Pour les femmes ayant vécu le « Rituel », cela réactive en elles toutes les sensations d’une expérience unique et tellement à part que l’on peut rapidement l’avoir rangée dans un tiroir presqu’irréel, au même endroit que nos rêves. Ces femmes, revivant le « Rituel » par le visuel, pourront témoigner et partager leur expérience en revoyant leur cliché. Ainsi, l’œuvre se régénère et connait de nouvelles étapes de son évolution, lors des expositions ou au sein de leur foyer, renaissant alors dans l’imagination du spectateur et dans la mémoire des spectatrices-actrices qui l’auront vécu.

Le travail de perforation que j’effectue sur les clichés recueillis est fondateur. Pour les petits formats, je l’opère sur un coussin, toujours le même, à l’aiguille, rythmiquement, d’un seul élan. Pour les grands formats, je manie la perceuse.


(Photogramme extrait d’une vidéo de teasing de ma dernière exposition « VOIE(S) LACTÉE(S) » de 2019 à la Galerie Marguerite Milin, à Paris)

Il y a une certaine violence là-dedans ; dans les outils et dans la technique. Un grand respect aussi, une précision. C’est un geste à la fois bienveillant et incisif qui exprime plastiquement toute l’ambiguïté de l’ombre et de la lumière de nos existences. Nos combats, douloureux parfois, mais nécessaires pour se laisser à nouveau traverser par l’énergie. Une énergie que la planète rend disponible. Une énergie contenue dans les pierres qui servent de socle à cette expérience. Des pierres en apparence immobiles et muettes qui pourtant libèrent, à leur contact conscient, une vibration subtile et aimante, dans l’accueil du vivant, comme un exemple à suivre envers elles et envers nous puisque nous ne formons qu’un. C’est, il me semble, ce que l’on ressent au sortir de ce rituel et c’est ce que je souhaite exprimer et rendre sensible en perforant mes clichés au sortir de la session de prise de vues.

(Photographie de Aude Boissaye, novembre 2020)

Le choix de l’élément minéral « rocher » est primordial. Il me permet de travailler de manière concrète à partir d’un matériau ancestral qui symbolise l’inconscient collectif et qui incarne la mémoire naturelle de la Terre. Quel meilleur témoin naturel que la roche ? Même le vénérable chêne séculaire aura périclité à travers les époques, mais une roche millénaire aura connu les hommes de la Préhistoire et connaitra aussi les nouvelles générations qui arrivent. C’est un support parfait pour ancrer ce rituel universel et atemporel.
 

UNE SUITE Á SES PRÉCÉDENTS TRAVAUX
Cette nouvelle série photographique et plastique traite de la lumière intérieure féminine qui nous habite en permanence. Celle qui, branchée sur l’inconscient collectif des femmes, veille et qui, lorsqu’elle vacille sous le vent, nous invite à nous réveiller de la torpeur, à nous réinventer ailleurs en nous reconnectant à nos racines terrestres et célestes.

(Photographie de Aude Boissaye, septembre 2020)

Avec elle, je poursuis mon travail sur les différents temps de la vie des femmes. En 2019, je présentais un travail sur la lactation. Vous pouvez le découvrir sur ce lien et visionner une vidéo expliquant ma démarche d’alors.

https://www.google.fr/amp/s/galeriemargueritemilin.com/2019/04/30/stephanie-varela/amp/

Cette fois, je m’adresse à des femmes de tous âges. Des femmes qui souhaitent garder la trace d’une démarche rituelle les liant à un milieu naturel qui n’est pas le leur au quotidien.

À l’époque j’avais encapsulé dans un objet d’art ce moment éphémère qu’est la lactation qui dure 3, 10 mois, un an parfois et qui est une période unique dans la vie d’une femme. Aujourd’hui je dépasse l’objet témoin en offrant avant tout une expérience. L’art contemporain est un espace où je peux proposer aujourd’hui cette expérience en préservant le caractère sacré d’une rencontre avec la réalité magique. On peut tout à fait faire aujourd’hui l’expérience d’un rituel ou rencontrer un chaman, mais il va s’agir d’une démarche orchestrée, standardisée, ce qui peut dénaturer ce que l’on aurait profondément envie de vivre : une rencontre spontanée qui arrive par enchantement sur notre chemin de vie. C’est ce qui se passe ici : par chance, une artiste vous propose une expérience désintéressée et magnifique, d’autant plus marquante qu’elle s’apparente à ce qu’on aurait pu vivre à l’époque auprès d’un mage, d’un sorcier ou d’un druide.

LE DÉROULÉ DU RITUEL
J’ai une vision empirique et cathartique de l’art contemporain et envisage ma démarche comme une ressource qui puisse nourrir celles et ceux qui, voulant évoluer sur leur chemin, pourraient, à travers elle, engager un dialogue avec leur enveloppe charnelle, s’envisager comme faisant corps justement avec la Terre qui généreusement nous accueille et nous nourrit.
Cette série est la trace mnésique d’un rituel infusé dans les vibrations de roches anciennes et performé avec des femmes qui ont croisé ma route. Elle s’ancre plus particulièrement en Seine- et-Marne (Île de France) et dans l’Oise (Hauts-de-France), où j’ai découvert des terres idéales pour épanouir mon projet.
Il en restera des talismans photographiques, témoins palpables de cette fonte dans la nature, à l'écoute de la Terre telle qu'elle parlait déjà aux femmes il y a de nombreuses années. Par les perforations que j’y opère, ces talismans comportent des symboles qui les rendent sacrés. Ils possèdent le pouvoir de rappeler ce moment que nous aurons pris ensemble et d’en déclencher d’autres. Le cliché, de plein pied, en ombre chinoise, révèle les contours d’un corps où la nudité a presque disparue, mais dont la chair garde la mémoire. Celle des sensations.


(Photographies de Aude Boissaye, novembre 2020)

Par ce rituel, les femmes participantes se retrouvent liées. Le rite que j’invite à vivre restera secret. Il implique des plantes séchées, des mantras, des intentions... mais surtout il engage le corps, nu, dans une expérience avec la roche et le ciel. Tout a débuté par une sensation, dans la matière, la terre et le corps, avant même de devenir une vision artistique. C’est pour cela que la performance inclusive et partagée me tient à cœur, je la vois comme l’occasion de transformer le spectateur en acteur.
   

LIEUX ET CALENDRIER
J’épanouis ce travail sur une année, en restant dans l’accueil du tempo des saisons. C’est le timing idéal pour accorder mes prises de vues au rythme lunaire et planétaire dont parle aussi, en sous-texte, le projet que je mène. La femme, comme la nature, est cyclique et changeante. Comme elle, elle est soumise à une énergie de création et de destruction à l’intérieur d’elle-même.

(Photographie de Aude Boissaye, novembre 2020)
 
Une roche ou un ciel ne sont pas les mêmes en automne et en été, l’expérience proposée au corps diffère elle aussi. La météo fournit un panel précieux d’expériences, de sensations. Vivre dans son corps le changement des saisons, accueillir le froid, voir se transformer la végétation, la texture des rochers... autant de détails qui se répercuteront sur la présence des femmes sur la roche, leur ancrage, leur gestuelle, et c’est aussi ce qui m’intéresse.

Je pars sur un principe d’exploration d’un rocher par femme. Un lieu spécial pour chacune d’elle. Je me laisse guider dans ce choix par une écoute du contexte. Parfois au sortir d’un dialogue avec elles et leurs proches, un endroit appelle mes pas. 

Le résultat final de ce travail est une reconnexion puissante des femmes, un lien retrouvé avec la nature, entre ciel et terre.
 
EXPOSITION

Un regard artistique contemporain sur la lactation qui permet de réactiver notre réflexion sur un thème profondément humain et fondateur pour nos sociétés.
En choisissant de montrer des mères lactatrices sans leur enfant, dans l’intimité de leur corps de mères, Stéphanie VARELA se réapproprie ce thème pictural ancestral de la lactation en le modernisant de manière à la fois plastique et symbolique, donnant à voir la grâce de la féminité impérieuse et mystérieuse qui se met en place lors de cet âge d’or de la femme qui allaite. Elle y questionne le rapport de la femme à son propre corps lors de l’allaitement dont elle suggère la part sombre aussi, celle qui raconte les peurs, les doutes et la souffrance qui peuvent accompagner ce moment de vie.

Du mardi au samedi de 11h à 19h - Galerie Marguerite Milin - 46 rue du Château d'eau - 75010 PARIS

EXPOSITION

Un regard artistique contemporain sur la lactation qui permet de réactiver notre réflexion sur un thème profondément humain et fondateur pour nos sociétés.
En choisissant de montrer des mères lactatrices sans leur enfant, dans l’intimité de leur corps de mères, Stéphanie VARELA se réapproprie ce thème pictural ancestral de la lactation en le modernisant de manière à la fois plastique et symbolique, donnant à voir la grâce de la féminité impérieuse et mystérieuse qui se met en place lors de cet âge d’or de la femme qui allaite. Elle y questionne le rapport de la femme à son propre corps lors de l’allaitement dont elle suggère la part sombre aussi, celle qui raconte les peurs, les doutes et la souffrance qui peuvent accompagner ce moment de vie.

Du mardi au samedi de 11h à 19h - Galerie Marguerite Milin - 46 rue du Château d'eau - 75010 PARIS