Préface du catalogue de l'exposition "Quand la peinture s'anime" (11 septembre - 10 octobre 2010) - Texte d'Hélène Sirven

Hommages

Stéphanie Varela, née en 1980, offre aux visiteurs, aux rêveurs, un ensemble poétique de pièces intitulé " Quand la peinture s’anime… ", référence directe à son dernier film Readymade : émile Reynaud et la peinture s’anima (2010), qui incarne la quintessence du parcours de l’artiste depuis 2001.

Le Sel, à Sèvres, accueille pour la deuxième fois ses œuvres, et leur mise en scène au sous-sol, inspirée entre autres par David Lynch – sièges et rideaux de velours rouge - recrée une sorte de musée personnel interactif. Ce lieu, composé de plusieurs petits salons reliés par des espaces de circulation, est peuplé de peintures oniriques très colorées - où s’entremêlent abstraction et figuration, dessin et couleur - avec quelques objets (de l’escarpin au praxinoscope), des projections, des vidéos, surgissant d’une pénombre bienvenue, grâce à des emplacements choisis et à un éclairage précis. L’atmosphère de l’installation est soutenue par des vagues sonores émanant principalement d’un écran central, placé en hauteur. Il diffuse en boucle des images de formes en mouvement, abstraites, organiques, dont les chutes et déroulements successifs ont un effet hypnotique. Le spectateur plonge là dans la genèse des peintures animées de Stéphanie Varela, son domaine de prédilection et de recherche.

L’artiste, dont la thèse sera bientôt publiée, est en effet spécialiste de la peinture animée inventée par émile Reynaud en 1892, dans la lignée de son praxinoscope de 1876 (breveté en 1877) suivi du praxinoscope à projection (1880). Quand la peinture bouge, avec une lenteur relative, les sensations, les vibrations colorées agissent sur la contemplation de l’œuvre ; l’image picturale en mouvement travaille peut-être différemment les chambres de l’inconscient, en stimulant par l’action de la lumière ces infimes chocs esthétiques fugaces qui traversent le désir du spectateur et sa liberté d’interprétation. Lenteur et apparitions font de ces images de petits événements singuliers sans cesse renouvelés par la subjectivité et l’histoire personnelle du spectateur à qui elles s’adressent directement. Certaines étapes de la préparation du processus mis en œuvre par Stéphanie Varela et fondé sur l’invention de Reynaud figurent dans l’exposition. Invité à essayer la technique de la peinture animée où le collage a toute sa place, le visiteur peut voir comment l’artiste transmet ce qu’elle s’est approprié, a découvert dans la pratique artistique, au fil de ses expériences et comment elle relie les étapes de son travail. Lors de l’exposition intitulée " Le Mouvement des images " (2006-2007) présentée au Musée national d’art moderne du Centre Georges Pompidou, l’installation de Claude Lévêque, Valstar Barbie (2003) a émerveillé, dit-elle, Stéphanie Varela. Certes, au moment propice, l’émotion esthétique peut engendrer un hommage artistique, un monde qui renouvelle la magie de la rencontre avec l’œuvre d’art. Une magie inexplicable.

Valstar Barbie, grand déclencheur, et les œuvres de Jean-Pierre Raynaud, Rose Lowder, Richard Serra, Niki de Saint-Phalle, Jean Tinguely, Salvador Dalí … ou encore les allusions à Marcel Duchamp, Federico Fellini, Lewis Carroll, Annette Messager… font partie des matériaux qui construisent le court-métrage de Stéphanie Varela. La projection en avant-première du film Readymade, le 22 septembre 2010, au ciné-Sel - près des lieux de l’exposition - accentue ce caractère événementiel des interventions de l’artiste. Tout comme ses conférences et actions pédagogiques.
En effet, elle rend hommage autant à ses proches qu’aux artistes, aux créateurs d’hier et d’aujourd’hui, sans oublier les lieux – comme Paris - où vivent les œuvres et où elles sont ressenties, vécues par ceux qui les rencontrent. Son " cadavre exquis ", pour citer les mots de Stéphanie, est vif, sensuel, généreux, rempli d’une énergie immédiatement perceptible. Les allusions, citations, métaphores qu’elle utilise n’ont pas de morbidité.
Néanmoins, le trouble des métamorphoses, la nostalgie tendre de l’enfance et le désir – peut-être ce qui réunit en partie les artistes que Stéphanie aime – bref, une forme d’étrangeté presque inquiétante, existent dans ses productions, les pénètrent pour les vivifier. De quelle manière ?
Sous forme de fragments, de mosaïques colorées, de combinaisons, de passages légèrement labyrinthiques, de séquences, dans les différents montages auxquels elle s’exerce.
Les œuvres et en particulier le film de Stéphanie Varela diffusent quelque chose de joyeux, de doux, de fluide, dans une ambiance cependant proche de la cruauté des mondes surréalistes qui l’intéressent, car la nuit et ses mystères nourrissent ses images. Nadja n’est peut-être pas si loin.

L’hommage se décline au pluriel parce que la pratique de Stéphanie Varela puise dans un champ élargi de références et d’expériences. La mixité de ses œuvres permet alors de prendre la mesure de certaines questions : celle, bien sûr, de la rencontre physique et virtuelle, rêvée, avec l’œuvre d’art et ce qu’elle génère ; la nécessité de parler de son travail, d’échanger, et d’écrire sur sa production, une production engagée ; l’importance de la peinture dans la création cinématographique et ce dès les origines de cette dernière ; l’importance de la manipulation, de l’expérimentation variée, variable, multiple, au risque de s’égarer ; les liens de toute production visible et rendue visible avec sa commercialisation ; l’importance de la relation pédagogique avec les publics, avec une culture populaire, peut-être une culture universelle ; la prise en compte de l’imprévisible ; la présence de l’artiste dans son œuvre ; les conditions du processus créatif, raffiné par le spectateur, pour citer encore Duchamp et sa célèbre conférence de 1957 à Houston.

Le destin d’émile Reynaud montre à quel point le risque reste grand, voire tragique, dans l’entreprise créatrice, l’invention, et comment on peut, plus tard, rendre hommage aux disparus de cette aventure. Le musée Grévin fige le destin de Reynaud dans le patrimoine culturel mondial, les mots de Pierre Tchernia dits par l’un des comédiens de Readymade font revivre l’histoire de l’inventeur, le projet enfin réalisé de Stéphanie Varela, dans l’espace et le temps d’un film, anime la figure d’émile Reynaud et le met en scène, l’emmène dans une narration en zigzag où l’amour a sa place.
Sans doute, inventer signifie souvent ne pas quitter les champs de l’enfance, et Lewis Carroll continue d’être un modèle poétique, une sorte d’équation mystérieuse dont la logique doit rester absurde, en apparence. Le synopsis de Readymade constitue le support de tout ce qui se passe en fait dans l’ombre, à côté, dessous, dessus, derrière, au bord, au fond, hors champ, dans les échanges, les ruptures, les contrepoints, les travellings, les mouvements des corps et des regards, au sein des décors.

Ces décors ont un caractère particulier puisqu’ils sont pour partie des œuvres contemporaines connues, visibles dans l’espace public urbain, apparaissant comme les points d’orgue de la partition picturale jouée par les personnages. La beauté des images, des couleurs, des protagonistes de l’action, des lieux participe de la matérialité des choses, des textures, du processus créatif de Stéphanie Varela. La jeunesse mais aussi le passage du temps sont perceptibles et la danse de la vie qui se déroule souvent de façon circulaire tout au long de Readymade contient, comme dans la célèbre peinture de Munch, le visage de la mort. à l’instar des crânes en sucre des fêtes des morts mexicaines, cette présence s’inscrit dans le cycle vital des êtres et des mondes visibles et invisibles. Stéphanie Varela rend aussi hommage au Mexique, pays de Buñuel, où elle a vécu et travaillé. Hommage au mouvement de la vie, au déroulement des histoires, aux inévitables collages de la mémoire et de l’art contemporain, avec ou sans figuration. Dans Readymade, l’aventure de Woody, le petit ours en peluche, readymade " aménagé " pour la circonstance, rappelle sans cesse que la perte, le désir de s’échapper, de poursuivre un but, permettent de fabriquer des images, rêver et produire des mondes dont la liberté efface l’ennui, l’aliénation, la peur.

à l’ère d’Internet, pourquoi vouloir attirer l’attention sur la peinture animée ?
Au moment où les possibilités techniques atteignent d’étonnants sommets, regarder du côté de leurs origines participe du rêve, de l’utopie, de l’impossible unité de tout paysage mental inévitablement limité. Ce regard rétrospectif peut réactualiser, réactiver, réanimer la peinture animée du temps d’émile Reynaud. La peinture demeure une magie parce qu’elle est faite d’équivalents matériels et immatériels de chair, de peau, de corps humains. Animer la peinture renvoie au mythe, à l’acte créateur, dont la fragilité n’a d’égale que son obstination. L’amour de l’art reste tenace chez Stéphanie Varela.

Hélène Sirven
Maître de conférences en arts et sciences de l'art, université Paris1-Panthéon-Sorbonne
17 septembre 2010

 

Publié le Vendredi 28 Janvier 2011 à 01h33  

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